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Du IIIe au XIe siècle
 

Le magnifique monument roman qu'est Saint-Sernin trouve son origine dans le désir d'exalter la mémoire de Saturnin, premier évêque et martyr de Toulouse, qui vécut dans la première moitié du IIIe siècle (le nom latin, Saturninus, s'étant transformé dans la langue d'oc en Sarni avant de se franciser en Sernin).

Son histoire nous est connue par la Passio sancti Saturnini. Ce texte, rédigé sans doute au début du Ve siècle, raconte comment le "très saint homme Saturnin, évêque de la cité de Toulouse" - donc du territoire dont la ville était le chef-lieu - desservait, avec ses deux diacres et un prêtre, une petite église.

Partant de son domicile, Saturnin devait passer devant le Capitole avant de parvenir à la "maison de Dieu". En 250, il fut arrêté devant ce temple païen.

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  Passio sancti saturnini
(traduction P. Cabau)

L'édit publié par l'empereur Dèce en janvier de cette même année obligeait tous les citoyens de l'Empire à sacrifier publiquement aux dieux du paganisme : ainsi devaient-ils manifester leur fidélité aux pratiques religieuses traditionnelles de Rome.

Accusé de troubler les oracles, puis sommé de sacrifier, Saturnin refusa héroïquement l'apostasie. Il fut alors attaché par les pieds au taureau que l'on devait immoler.

Celui-ci, piqué à vif, entraîna dans sa fuite furieuse le corps, bientôt brisé et sans vie, de l'évêque.

Selon la Passio, au sein de la communauté chrétienne terrorisée, il se trouva deux pauvres femmes qui, près de l'endroit où le taureau avait abandonné le corps, se risquèrent à le recueillir en un cercueil de bois et à l'ensevelir dans une fosse très profonde.

 

Une toute petite basilique de bois

Longtemps après, à une date inconnue du IVe siècle, l'évêque Hilaire fit fouiller sa tombe jusqu'au cercueil. Il fit dresser au-dessus une toute petite basilique de bois.

L'emplacement exact de cette tombe primitive de Saturnin (et donc de la basilique d'Hilaire) reste inconnu. La tradition toulousaine veut que l'église du Taur en ait perpétué le souvenir, mais les fouilles qui y ont été pratiquées n'ont rien révélé de concluant à cet égard.

Un site archéologique de première importance

De nombreuses découvertes ponctuelles dans tout le quartier ont révélé des tombes en pleine terre ou sous tuiles romaines, des sarcophages en pierre ou en marbre, des épitaphes.

En fait, l'immense abbatiale romane s'élève au-dessus et à l'intérieur d'une très vaste nécropole. Ni les limites exactes, ni les composantes païennes et chrétiennes n'en ont pu être estimées, aucune fouille méthodique et d'une envergure suffisante n'ayant encore été pratiquée dans ce site archéologique de première importance.

Le plus grand ensemble de sarcophages en marbre connu aujourd'hui à Toulouse en provient. Mais, si l'on excepte ceux qui ont été rencontrés à une grande profondeur, dans des niveaux antiques ou supposés tels, la plupart de ces monuments, souvent marqués d'un décor chrétien, sont parvenus jusqu'à nous après avoir été remployés durant le Moyen Age et les Temps Modernes dans le cloître et les cimetières de Saint-Sernin.

Une nouvelle basilique-martyrium

Devant l'importance de la dévotion et le développement de la nécropole suscités par la gloire et les vertus du martyr, l'évêque Silve dut faire entreprendre l'édification d'une nouvelle basilique-martyrium, vers la fin du IVe siècle. La Passio précise qu'il s'agissait d'un splendide monument d'un coût très élevé.

Silve décéda avant la fin des travaux, achevés sous son successeur Exupère qui transféra solennellement les restes de Saturnin dans le monument, les y enterrant dans un sarcophage de marbre, le 1er novembre de l'une des toutes premières années du Ve siècle (en 402 selon H. Crouzel).

L'abside en arc de cercle outrepassé de dimension moyenne (6 m de diamètre intérieur) retrouvée en 1970 dans la crypte haute de l'actuel Saint-Sernin lui appartient si l'on considère que le sarcophage de Saturnin demeura dans son sol depuis la translation d'Exupère jusqu'en 1258.

Elle fut enveloppée par l'abside majeure de l'église de la fin du XIe siècle, de telle sorte que le diamètre intérieur du rond-point roman correspond à peu près au diamètre extérieur de l'abside paléochrétienne. Mais l'on ne saurait tracer sûrement le plan de l'édifice. Le terme "basilique" employé à son sujet par la Passio pourrait se traduire par une nef principale (correspondant à l'abside, donc large de 6 m) accostée de collatéraux, un transept étant aussi envisageable.

Le culte du martyr toulousain y connut désormais un vif éclat et une grande pompe liturgique.

 
Mise en ligne le Jeudi 28 Novembre, 2013