LA PAROISSE

La Bon Pasteur

IVe dimanche de Pâques

25 avril 2021
Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père »

Frères et sœurs,
Comment Jésus nous conduit-il ? C’est la question que nous pouvons nous poser en ce dimanche où nous le célébrons comme le Bon Pasteur, comme le vrai berger, selon ce qu’il vient de dire de lui-même dans l’Évangile. Sommes-nous donc des moutons pour avoir besoin d’un berger ? sommes-nous à ses yeux un troupeau de bétail pas très malin, qu’il lui faut conduire un peu malgré lui vers les montagnes, si besoin en envoyant des chiens de berger qui mordilleront les mollets des bêtes récalcitrantes ? Dans notre société où un sentiment exacerbé de la liberté individuelle laisse peu de place pour accepter une autorité quelconque, comment comprendre celle que le Christ revendique sur nous ? Et comment reconnaître l’autorité de l’Église et de ses pasteurs ?

« Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ». L’autorité que le Christ a sur nous, c’est l’autorité de celui qui nous connaît mieux que nous-mêmes, d’une connaissance pas superficielle ou théorique, mais d’une connaissance amoureuse. Il nous connaît comme s’il nous avait faits, il nous connaît parce qu’il nous a fait : il sait qui nous sommes, il connaît le plus intime de nos désirs, il est familier de nos sentiments les plus complexes, il nous connaît mieux que nous-mêmes. Et surtout, il connaît notre fin, c’est-à-dire qu’il sait ce à quoi nous sommes appelés : « dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est ». Comme le berger qui connaît les montagnes et sait où trouver l’herbe la plus fraîche et la plus tendre, notre Bon Pasteur est celui qui sait où nous conduire pour que nous trouvions le vrai bonheur. Mieux encore, il connaît les chemins que nous pouvons emprunter et non seulement il nous les indique mais il y marche devant nous, il nous y entraîne à sa suite. Son autorité n’est donc pas un gouvernement autoritaire et tyrannique : c’est celle d’un chef qui donne sa vie pour que nous marchions sur ses chemins, qui nous ouvre la voie. Il ne nous gouverne pas en soumettant notre liberté à sa volonté, mais il nous parle comme à des enfants bien aimés et il s’adresse à notre intelligence et à notre liberté. Nous comprenons parfois l’obéissance d’une manière très volontariste, comme si la volonté arbitraire du supérieur s’imposait à la nôtre et exigeait une soumission aveugle, mais ce n’est pas ainsi que le Christ nous gouverne : il est notre chef en tant qu’il nous montre à la fois où est le bonheur et quels chemins y conduisent. Libre à nous ensuite, d’abord de décider de les emprunter, et ensuite de choisir, dans la multitude des chemins possibles, ceux qui correspondent à notre désir de le suivre et de l’imiter de telle ou telle manière particulière. Car, une fois éliminés les chemins qui détournent de Dieu, il n’y a pas qu’une seule manière de suivre Jésus : chacun de nous est appelé à trouver sa manière propre de répondre à l’invitation du Bon Pasteur, sa sainteté propre.
Si telle est l’autorité du Vrai Berger sur nous, autorité aimante et pleine de tendresse, qui parle à notre intelligence et attend une réponse libre, telle est aussi l’autorité des Pasteurs de l’Église par lesquels le Christ nous conduit. Car il n’y a pas de contradiction entre l’une et l’autre : nous rêvons parfois que notre relation à Dieu est totalement immédiate, que nous sommes en ligne directe avec Lui, que nous percevons directement de Lui son enseignement et que nous ne répondons qu’à Lui. Mais Dieu a fait, dès l’origine, le choix de la médiation : sa puissance va jusqu’à s’associer d’autres hommes, faibles et limités, pour conduire son Église. Leur autorité n’est pas une autre que celle de Jésus, elle est, au contraire, le moyen par lequel il passe pour nous conduire. C’est par eux, leur enseignement et le témoignage de leur vie, qu’il veut nous faire connaître notre fin, c’est-à-dire notre bonheur, et les moyens qui permettent d’y parvenir. C’est par eux qu’il nous donne les forces nécessaires pour y marcher, spécialement dans les sacrements dont ils sont les administrateurs. C’est par eux qu’il veut garder l’unité du Peuple de Dieu, pour que pas une brebis ne soit laissée sur le côté. C’est par eux qu’il donne sa vie, qu’il aime, qu’il guérit, qu’il soutient. En tout cela, l’autorité qu’ils exercent est celle du Christ lui-même, qui est la tête, le chef et l’Église, et auquel ils sont configurés. C’est donc une autorité qui s’adresse à notre intelligence et qui attend une réponse libre, jamais une autorité tyrannique qui impose d’en haut une volonté arbitraire à laquelle il faudrait se soumettre aveuglément et en renonçant à notre capacité de réfléchir et de comprendre.

 

Cela entraîne pour nous trois conséquences pratiques :
– Lorsque nous sommes nous-mêmes en position d’autorité, en quelque domaine que ce soit, professionnel, familial, ecclésial, l’exerçons-nous à la manière du Christ ou à la manière d’un tyran ? Cherchons-nous à imposer notre volonté en exigeant une soumission aveugle (obéis et tu réfléchiras ensuite), ou nous adressons-nous d’abord à l’intelligence de ceux qui nous sont subordonnés, en leur montrant la finalité de ce que nous leur demandons, en leur expliquant pourquoi le chemin que nous leur proposons y conduit ?
– Dans notre rapport à l’Église, à ses pasteurs, à leur enseignement, comment nous comportons-nous ? Comme des moutons qui obéissent sans comprendre ? Comme des rebelles qui refusent toute autorité, quitte à s’égarer sur des chemins qui ne conduisent pas à Dieu ? Ou comme des brebis intelligentes et responsables, qui cherchent à comprendre le bien qui leur est proposé, et qui mettent leur liberté et leur créativité au service d’une réponse pleinement consciente à l’appel du Seigneur à le suivre ?
– Prions-nous pour nos pasteurs ? pour nos prêtres, pour nos évêques ? Nous savons bien, et si nous avions encore quelques doutes, l’actualité récente de l’Église a certainement achevé de les anéantir, qu’ils ne sont pas forcément meilleurs que les autres. S’il est normal d’attendre d’eux une sainteté exemplaire, il est clair maintenant que ce n’est pas un fait acquis, loin de là. Mais si une part de leur mission ne dépend heureusement pas de leur qualité morale (le Corps du Christ est le même, consacré par un prêtre saint ou par un prêtre pécheur), si l’histoire de l’Église montre que Dieu sait gouverner son Peuple malgré, et même à travers les failles et les faiblesses de ses pasteurs, il ne faut pourtant pas renoncer à demander au Seigneur des prêtres qui soient des saints. La tâche qui leur est confiée, ils ne peuvent la mener à bien que s’ils laissent vraiment le Christ agir à travers eux, parler par eux, guider par eux. Pour cela, pour être des instruments dociles de l’action de Dieu, ils ont besoin de nos prières plus que de nos critiques et de notre méfiance, si légitime soit-elle d’ailleurs.
Alors, en ce dimanche du Bon Pasteur, demandons au Seigneur d’envoyer des ouvriers à sa moisson, demandons-lui les prêtres dont l’Église à besoin, c’est-à-dire des prêtres qui soient des saints, qui donnent vraiment leur vie pour les brebis. Pour finir avec les mots de Louis Bouyer, « il n’est rien que le Pasteur puisse demander des brebis sans avoir donné bien davantage encore ! Dans la route qui monte, et qui sauve de l’abîme […], on doit buter bien des fois et se meurtrir sur les pierres du chemin… Quel Pasteur pourra y conduire qui ne les ait toutes teintes à l’avance de son propre Sang ? »

Amen !

Abbé Gabriel Rougevin-Baville,

Vicaire paroissial